Les États-Unis intensifient leur stratégie commerciale défensive. Après les semi-conducteurs, le cuivre ou encore la pharmacie, l’administration américaine s’attaque désormais aux importations de machines industrielles. Une nouvelle enquête a été ouverte début septembre par le département du Commerce, dans le cadre de la « section 232 » du Trade Expansion Act de 1962. Celle-ci permet de restreindre certaines importations au nom de la sécurité nationale.
En ligne de mire : les équipements industriels programmables, presses, machines-outils, autoclaves ou encore systèmes de découpe et de soudure. Autant de produits fortement exportés par la France, qui pourrait se retrouver indirectement pénalisée par une hausse ciblée des droits de douane.
Un secteur stratégique pour les exportations françaises
Selon les douanes françaises, les États-Unis sont le deuxième marché à l’export pour les machines industrielles « made in France ». Le secteur représente à lui seul 3,6 milliards d’euros de ventes annuelles outre-Atlantique, d’après les estimations de la Fédération des industries mécaniques (FIM), qui fédère 3000 entreprises françaises.
Si les catégories exactes visées par l’enquête américaine sont encore floues, les machines concernées englobent des segments clés de la production industrielle française : finition et traitement des métaux, systèmes mécatroniques, fours industriels, etc. À ce jour, ces produits sont soumis au taux douanier standard de 15% négocié dans le cadre des accords commerciaux UE–États-Unis. Mais toute surcharge tarifaire viendrait rogner la compétitivité des entreprises françaises sur ce marché stratégique.
Un précédent qui inquiète : semi-conducteurs, pharmacie, cuivre…
Depuis mars 2025, l’administration Biden a multiplié les recours à la section 232. Chaque procédure ouvre une enquête de 270 jours maximum et peut déboucher, à la discrétion du président, sur des mesures restrictives : hausses de droits de douane, quotas, sanctions commerciales ciblées.
Le cuivre a déjà subi une hausse effective de tarif. D’autres secteurs, comme les produits pharmaceutiques ou les semi-conducteurs, sont sous la menace constante d’une décision similaire. Le matériel médical fait également l’objet d’une enquête parallèle depuis début septembre, touchant seringues, cathéters ou encore gaze et masques.
Des leviers de négociation pour Bruxelles
En théorie, les nouveaux droits de douane pourraient s’ajouter au tarif de base déjà appliqué. Toutefois, la Commission européenne a négocié par le passé que certaines de ses exportations, en particulier dans la pharmacie et les semi-conducteurs, soient incluses dans le plafond global de 15%. Une stratégie que Bruxelles pourrait tenter de répliquer si la menace se concrétise sur les machines industrielles.
L’Union européenne dispose d’un autre levier non négligeable : selon le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), les États-Unis dépendent de l’UE pour l’importation de 88 produits stratégiques, dont 18 relevant précisément du secteur des machines. De quoi peser dans la balance commerciale, si le dialogue venait à se durcir.
Une incertitude qui pèse sur les industriels français
Face à cette incertitude, les industriels français du secteur mécanique s’inquiètent. Nombre d’entre eux ont investi sur le marché nord-américain ces dernières années, misant sur la montée en gamme, la robotisation et la capacité à répondre aux normes locales. Une taxe additionnelle viendrait fragiliser cette dynamique, d’autant plus dans un contexte de compétition internationale tendue, notamment face à l’Asie.
À moins de neuf mois des élections présidentielles américaines, certains analystes estiment que ces enquêtes à répétition pourraient aussi répondre à des considérations politiques. Reste que pour les entreprises françaises, l’effet est immédiat : instabilité réglementaire, incertitude tarifaire, risques sur les volumes exportés. Une équation délicate pour le « made in France » industriel, déjà confronté à la baisse de la demande mondiale.
En résumé
- Les États-Unis ont ouvert une enquête sur les importations de machines industrielles au titre de la sécurité nationale.
- Le secteur représente 3,6 milliards d’euros d’exportations françaises vers les États-Unis.
- Une hausse des droits de douane viendrait s’ajouter aux 15 % déjà en vigueur.
- La Commission européenne pourrait négocier une inclusion dans le plafond existant, comme pour la pharmacie ou les semi-conducteurs.
- Les industriels français redoutent une perte de compétitivité sur un marché stratégique.







